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Au mois de janvier 2011, l’éminent poète haïtien Anthony Phelps dénonçait avec éloquence la propension compulsive des reporters de Radio Canada à designer Haïti comme le pays le plus pauvre de l’Hémisphère. Haïti a bon dos et les clichés abondent de par le monde. De « laboratoire du sous-développement » en « haïtianisation » de la crise africaine, Haïti est devenue depuis Papa Doc un modèle de « développement du sous-développement » et la voie dangereuse à éviter par les pays du Tiers-Monde.

Avec l’avènement de Sweet Micky à la présidence, Haïti est en passe de se « distinguer » cette fois dans le grand livre Guinness des records comme le pays ayant le chef d’État le plus crapuleux de la Planète. Et ce qui est grave, c’est que, en dehors de Reynold Georges (l’avocat du Diable) personne ne va protester cette fois.

Ceux qui ont cru trop vite que la poubelle de l’Histoire nationale était déjà remplie de duvaliéristes et de putschistes, se sont réveillés un beau matin pour voir avec horreur Michel Martelly en page de couverture sur une montagne d’ordures. Sous couvert de régime constitutionnel, c’est un gouvernement de doublure qui s’apprête à se constituer dans un pays qui a perdu même le titre dégradant de « République bananière ».

Le vrai pouvoir derrière le trône, c’est Bill Clinton qui vient d’obtenir, un troisième mandat présidentiel. En Haïti, cette fois. Osons espérer qu’au cours des prochains mois, la foi aveugle dans le dieu « Milliard » fera au moins soulever les montagnes de détritus, de gravois et de grivois qui entravent la libre circulation des personnes et des idées.

En attendant les lendemains qui « chantent », c’est le retour à une Haïti caricaturale du bon vieux Temps des Baïonnettes et de l’Occupation de 1915 au cours de laquelle un marine américain, Faustin Wirkus, avait été proclamé « Roi de la Gonâve. »

Selon le prestigieux magazine anglais The Economist, il y a une ancienne promesse électorale que (heureusement) Michel Martelly ne pourra pas satisfaire : celle de jouer nu sur le toit du Palais national. Dans une interview accordée la semaine dernière au Miami Herald, le nouvel élu à confirmé qu’il allait en effet épargner au pays le déplorable spectacle d’un quinquagénaire bedonnant en costume d’Adam et « talons quiquites ».

Les voyeurs, les voyous et les « voyelles » qui ont pris à la lettre les gros mots menaçants de Sweet Micky devront en la journée funeste du 14 mai trouver ailleurs la satisfaction libidineuse de leurs prunelles en rut et de leurs oreilles en trompette. Ils devraient peut-être se consoler en allant assister à un autre spectacle un peu plus attrayant sur les ruines du Ciné Triomphe ou de l’Impérial : Sissi Face à son Destin, mettant en vedette la « belle et majestueuse » Sophia Martelly dans le rôle de Sissi Impératrice.

Dans la soirée du dimanche 3 avril 2011, vers 9 heures, le chanteur Prakazrel Samuel (Pras) Michel, zélé serviteur de Sweet Micky annonçait la couleur sur Twitter : Machette + gazoline + allumettes = La volonté du Peuple. Equation explosive dans la quadrature du cercle de la mort. La vie en rose est en veilleuse. Le triomphe de Micky s’annonçait ainsi sous le signe du « chantage », de l’intimidation et de l’incitation à la violence.

Flashback : les « bombistes » de Papa Doc. Le lendemain 4 avril, jour fatidique des résultats, le porte-parole officiel du CEP, Richardson Dumel, fait une maladie diplomatique. Pilule amère : Sweet Micky. Il n’a pas pu ou n’a pas voulu délivrer personnellement le « poison » d’avril. Crise de conscience ? A force de lire des résultats électoraux bouleversants, le pauvre type aurait-il sombré dans le délire ? En tant que « porte-parole officieux » de la Patrie reconnaissante, je lui souhaite un prompt rétablissement. Confronté à une défection de dernière minute, le CEP a dû donc se rabattre sur un autre personnage (Pierre Thibaut Junior) pour annoncer la tragi-comique nouvelle : Sweet Micky Président pour… ?

C’est donc à ce personnage inquiétant, excentrique et très peu fréquentable que, la mine morose, René Préval aura la « tâche » de passer, le 14 mai prochain, l’écharpe pestilentielle en présence du nouveau « cabinet » ministériel. Triste sortie de scène pour cet agronome qui a semé le vent et qui récolte aujourd’hui la nausée. Semences de la colère. Moment de vérité et de trouble mental, monumental. Vagues divagations.

Flashback. Jazz des Jeunes. Mai. Fleurs de mai. « Mois d’aimer ». Moi, aimer ? Fleurs du mal ? Non. Pas ça. Passons. Mort dans l’âme. Remords. Embrassade en bras de chemise avant de gagner la plus proche ambassade. Soûl. Forte escorte diplomatique. Transition sans effusion. De sang. Deux cents bouteilles de White Label. Généreuse contribution du Président Clinton pour la reconstruction et la reconstitution de l’État d’ébriété.

La besogne accomplie, la conscience arrosée de whisky, Préval pourra enfin se laver les mains dans l’eau-de-vie de l’oubli. Douillette retraite en terre étrangère au son de la chanson de Gilbert Bécaud : « L’important, c’est la rose, l’important, c’est la rose, l’important, c’est la rose, crois-moi… » 
Atmosphère ubuesque. Désormais, rien ne risque plus de choquer en Haïti. Pas même un arrêté présidentiel déclarant le crack d’Utilité Publique en vue d’accommoder les besoins en poudre et en « munitions » du nouveau résident de l’arrière-cour de la maison blanche. Prenez la pipe comme tout le monde. « Peuple haïtien, une ère nouvelle s'en vient (...) Je m'engage à en faire la plus belle page de ma vie. » Votre vie à vous, sans aucun doute. La vie en rose jusqu’à l’overdose.

Ère nouvelle ? Refrains sans freins de vulgarités dans l’air. Platitudes pour esprits « rôrottes », affamés de trivialités. Louches exhalaisons. Fourches caudines de la scatologie. Pollution diurne et nocturne des ondes. Jazz de gros bozos ? C’est foutre mon bozo qui m’a mis là ! Mama mia. Aurais-je bien entendu ? Suffocation de la décence minimale. Président constitutionnel de la pornographie. Chef d’État mais dans quel état ? Délinquance. Déliquescence. Dissolution.

Un internaute me demande de proposer des solutions à Micky. Qu’il commence par interdire la diffusion de ses propres propos obscènes. Autocensure avant d’essayer de censurer la Presse. « Kite l vini. Se voye yo voye l. M ap tann li. » Qu’il aille jeûner pendant quarante jours et quarante nuits sur les ruines de Sodome et Gomorrhe. Qu’il emmène avec lui le « révérend » Patrick Villier et le pasteur Chavannes Jeune qui ont introduit le loup dans la bergerie. Pardon des offenses ? Bien sûr. Par la pénitence. Non par la récompense au crime. 
Finies les histoires enfantines de Marie Jeanne, femme de Lamartinière. Odeur étouffante de Marijuana au conseil des ministres/fumistes. A qui est cette « excellente » pipe à crack ? Atmosphère psychédélique et décadente. Vaines attentes sous les tentes.
Promesse électorale : instruction gratuite. Charité bien ordonnée. Micky pourrait vraiment en profiter pour acquérir des lettres de noblesse. Les ABC du BAC. Aller à l’école du soir. Eviter de dire des bêtises d’un autre genre. Telles que :
« Nous avons le soleil le plus chaud. »
« Nous avons le peuple le plus docile. »
« Nous avons compris d'agir dans les meilleurs délais. »
« Les traits de caractère que nous avons maintenant sont des caractères qui appellent à des résultats »
Autant de perles et de déclarations bizarres tirées d’un seul article qui, en plus, parle d’un Micky « ferme » et « ouvert » en même temps. Ah, les joies de la lecture entre les lignes. On va bien se marrer (en toute liberté ?) pendant les prochains mois. Rira bien qui rira le premier. Micky déteste la lecture. Il l’a dit avec une pointe de fierté. Ma sécurité est donc assurée. A moins qu’une mauvaise langue décide de « traduire » pour lui en français élémentaire. Dans ce cas, je serais très inquiet. Créole parlé, Créole compris. Que les humoristes français se concentrent sur Sarkozy. Le Docteur Fanfan La Tulipe et moi, nous réclamons Micky. Nous nous réclamons de Micky et nous sommes très chauvins sur cette question. « Nous n’avons pas choisi d’être haïtiens ; nous avons été chanceux. »
Promesse électorale : développement de l’agriculture. Du vent. Donnez-moi du vent pour aller à Latortue. C’est le temps des herbes folles qui poussent sans engrais sur l’érosion des valeurs les plus élémentaires. Adieu cousine oh. On va « craquer » complètement la baraque. Ainsi s’envole en fumée le bon vieux temps de la Régie du Tabac. Cigarette Splendide. Comme Il Faut. Privatisation et liquidation. Récupération et privatisation des intellectioules et de la classe politique. Zéro barré. Absences répétées. De principe. Ecole buissonnière pour éviter d’aller vers le tableau vert de la verticalité. Classe à refaire. Ailleurs. Remis à leurs parents éplorés, affectés.
Presse sous pression. Faire bonne impression sur le nouveau néant. Si nous sommeillons au bord de l’abîme, voilà Micky qui…
Révocations préventives à la TNH immédiatement après une visite de « courtoisie » de Micky. Atteinte à la sureté de l’État sauvage en gestation ? Action en « justice » contre les journalistes victimes de révocation abusive. Revirement opportuniste à la tête de la TNH. Excès de zèle du ripou. Vol en plein jour de chèques zombis. Peur du chef Zobop. Prélude au climat d’intolérance. Confiscation du droit à la différence. Imposition de la déférence envers la nullité arrogante. La chasse aux sorcières et aux sorciers a déjà commencée. Désormais, on ne pourra plus être sourcilleux face à la dérive totalitaire. Le nouveau locataire de la cour du Palais est très territorial. Herbivore et carnivore en même temps. Règne de la terreur. C’est un franc-tireur. Il shoote devant/derrière avec les deux pieds. Que les gardiens de la Démocratie se préparent. Malheur aux vain/culs.
Te Deum inaugural. Les chauves-souris sont lâchées sur la ville. Oiseaux de mauvais augure. Vol de pintades vers la tombe de Papa Doc. Voix nasillarde d’outre-tombe. Jeunesse de mon pays. Voici le jeune leader. Que je vous avais promis. En vue de continuer mon œuvre. Rendre pérennes les quêtes, les enquêtes et les conquêtes de la révolution de 57. Applaudissements des brebis galeuses et du pasteur C. Jeune. Rire jaune des journalistes en sursis. Sissi impératrice sourit sous le masque grimaçant de Sophia. Battement d’ailes. Vent de panique dans l’enceinte de l’église à ciel ouvert. Fillette-lalo ne mange pas les enfants malingres. Sang frais de journalistes récalcitrants. On ne vit pas « d’amour » et d’eau fraîche.
Après le carnaval électoral, ambiance de Mercredi des Cendres. Rassemblement de malfaiteurs et de malfinis sous le grand sablier, près du Sacré-Cœur de Jésus. Cauchemar en noir et blanc. Film muet. Images instables, saccadées. La démocratie suspendue à une corde sous l’arbre de la liberté. L’Archevêque de Port-à-Piment en tenue de Ku Klux Klan. Il boit du Black and White dans deux verres roses. Noir à part. Blanc à part. Il verse la goutte rituelle à l’extrême-droite de la Case de Damballah avant d’entamer la cérémonie sacrificielle. En odeur de sainteté, il pue à mille lieux l’alcool. Que la volonté de Dieu soit « fête ». Celui qui demeure sous l’abri de Micky repose à l’ombre du Tout-Puissant. Lapsus linguae. Lapsus calamiteux. Il di/vague sur les rives lointaines de l’Argentine. Patrice Dumont dégage en retrait. La « balle » à tête chercheuse roule sur la Nationale. Messi, Saint-Patron du ballon rond, priez pour nous. Nous t’en supplions. A cor. A cri. Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Maître corps, veillez corps. On ne fait pas d’omelette sans casser des os. Ceux qui meurent, c’est leur affaire. Te Deum. Thé amer sous la tente. Messe de requiem pour Haïti. Qui portera le deuil pour nous ?
Réveil brutal à la réalité. Thé chaud pour chasser les sueurs froides. Haïti ? Pays de l’opportunité par Excellence. Un pays pathétique. Le musicien Gracia Delva alias « Ti Blada », déporté en 2002 pour crime aux Etats-Unis est devenu le 4 avril Député de Marchand Dessalines. Voilà comment Le Nouvelliste du 8 septembre 2006 décrivait un ancien spectacle du nouvel élu : « C'est menotté et vêtu d'une tunique de prisonnier que Gracia Delva a fait son entrée sur scène le 3 septembre au parc Rony Colin pour clore la partie culturelle… » Voilà à quoi nous en sommes réduits, aujourd’hui. Masques et visages : la réalité dépasse de loin la fiction. Tenter de caricaturer de tels personnages ? Mission impossible. Ils sont déjà des caricatures vivantes. Des caricatures sonnantes, montantes mais trébuchantes sous la pesanteur (le poids/cinquante) de ce vaste éclat de rire libérateur. 
Il ne s’agit plus, désormais, de choisir un chef d’État mais de designer le roi du carnaval pour présider pendant cinq ans aux destinées d’Haïti. La politique du pire. Choix empirique. Pitreries. Bouffonneries. Scandale international. République des Comédiens de Graham Greene. En deux cents ans d’histoire, le pays haïtien a connu des personnages franchement embarrassants à la tête de l’État......Cependant, même les présidents les plus ignares ont toujours eu un je ne sais quoi de dignité pour compenser à leurs lacunes intellectuelles. Jamais il n’a été question d’identifier l’individu le plus veule, le voyou le mieux connu pour l’installer au pouvoir. C’est précisément ce qui vient de se passer en Haïti. Spectacle embarrassant pour les Haïtiens à qui il reste un minimum de décorum et de pudeur.
Le Président Barack Obama va-t-il porter des gants au moment fatidique de serrer la main de Sweet Micky ? En réalité, les puissances «amies d’Haïti » sont trop contentes d’embrasser un personnage qui embarrasse les Haïtiens. La dignité n’est plus ce qu’elle était. Elles ont horreur de tout chef d’État haïtien susceptible de manifester la moindre velléité d’indépendance de pensée et d’action. En 1987, le très modéré Gérard Gourgue a été qualifié de « communiste » pour justifier le bain de sang de la Ruelle Vaillant. Il faisait peur aux militaires et Washington avait laissé faire. En fait, ce que les puissances recherchent depuis le départ (et le retour) de Baby Doc, c’est un chien couchant civil pour placer à la tête du pays. Elles viennent finalement de le trouver en la personne de Joseph Michel Martelly.
Il serait plus facile à un chat (et même à un chameau) de passer par le chas d’une aiguille qu’à un individu criminel et pervers de devenir vertueux en accédant au pouvoir. Ceux qui ont des yeux pour ne pas voir, ceux qui ont des oreilles pour ne pas entendre, ceux qui croient, ceux qui feignent de croire au rachat de Sweet Micky n’en auront que pour leur compte. « Le tigre ne peut pas devenir végétarien. » Ceci a été prouvé en plusieurs occasions pendant la campagne. Fort-Liberté, Jacmel, Port-au-Prince, Montréal. Encore une fois, Haïti s’est retrouvée à la croisée des chemins. Et en cette saison de Carême, c’est le chemin épineux de la Croix (sans certitude de résurrection) qui a été candidement emprunté.

Castro Desroches
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